Handicap : « On attend beaucoup de la loi travail »

Les métiers non mixtes, en particulier ceux où les femmes sont minoritaires, sont souvent touchés par les difficultés de recrutement.

Seulement 17 % des métiers, représentant 16 % des emplois, sont mixtes en France, c’est-à-dire qu’ils comportent entre 40 % et 60 % d’hommes et 40 % à 60 % de femmes. Les métiers peu ou moyennement qualifiés et les personnes peu diplômées sont particulièrement concernés par une faible mixité.

Une spécialisation sexuée dès l’école

Une situation due en premier lieu à la présence inégale des filles et des garçons dans les voies professionnelles ou technologiques de la formation initiale : les garçons dans les spécialités industrielles et les filles dans celles du tertiaire administratif ou de la santé-action sociale, ou encore dans la coiffure esthétique ou la couture. Après l’école, les cheminements professionnels des filles et des garçons renforcent également le clivage entre les métiers « masculins » et « féminins ». Ainsi, par exemple, les recrutements chez les ouvriers du bâtiment se font majoritairement dans des formations à dominante masculine, mais ce sont aussi les garçons qui sont privilégiés quand il s’agit de recruter des non-diplômés.

Plusieurs facteurs expliquent cette spécialisation sexuée des filières scolaires et des métiers : les stéréotypes de genre qui façonnent les individus dès l’enfance et influencent les orientations scolaires et la demande des familles, les pratiques de recrutement des employeurs, les possibilités ou difficultés de conciliation entre vie familiale et vie professionnelle selon les métiers et, enfin, les conditions de travail.

Moins de tensions dans les métiers à dominante féminine

Lorsqu’un métier n’est pas mixte, les difficultés de recrutement ressenties par les employeurs sont le plus souvent plus importantes. Ainsi, dans 78 % des 32 métiers où les femmes sont minoritaires (moins de 40 % des effectifs du métier), les difficultés de recrutement ressenties par les employeurs sont supérieures à la moyenne des métiers (voir graphique). Sont concernés des métiers du BTP et industriels, les techniciens et ingénieurs de l’informatique, les cadres commerciaux, les bouchers, charcutiers, boulangers et les agents de gardiennage et de sécurité. L’étroitesse de la main-d’oeuvre mobilisée dans ces métiers, limitée aux hommes, grève la diversité des profils et aiguise ainsi la difficulté à recruter.

Ces problèmes sont moins prononcés dans les métiers non mixtes où les femmes sont majoritaires. La position plus défavorable des femmes sur le marché du travail (allers-retours plus fréquents entre activité et inactivité, déclassements plus importants, salaires inférieurs, abondance d’un réservoir de main-d’oeuvre diplômée dans les filières administratives) l’explique peut-être. Mais il s’agit aussi souvent de métiers souffrant d’un moindre déficit d’image.

Les métiers à dominante féminine touchés malgré tout par des difficultés de recrutement sont en quasi-totalité dans les secteurs de la santé ou du soin aux personnes (aides-soignants, professions paramédicales, coiffeurs esthéticiens, employés de maison, aides à domicile, assistantes maternelles). Les enseignants sont également dans ce cas de figure, avec une forte prépondérance de femmes parmi les professeurs des écoles.

Objectif 2025 : rééquilibrer les embauches

Accroître la mixité dans les métiers pourrait atténuer les difficultés de recrutement rencontrées par les employeurs. Aussi, l’Etat avait décidé de faire de 2014 l’année de la mixité des métiers. A cette occasion, plusieurs actions ont été lancées. Il ne s’agit pas uniquement de travailler sur l’image des métiers auprès des hommes et des femmes, mais de s’appuyer sur les initiatives des branches, des entreprises ou des territoires, depuis l’école jusqu’à l’exercice de l’activité professionnelle, en passant par l’orientation. L’objectif fixé est de rééquilibrer les embauches dans au moins un tiers des métiers d’ici 2025.

N. B. : métiers avec un pourcentage de difficultés de recrutement supérieur à la moyenne générale.

Ainsi, dans le système éducatif, l’accent est mis sur la visibilité de modèles de réussite dans des parcours scolaires et professionnels atypiques et le nouveau service public régional de l’orientation fait la promotion de la mixité dans les différentes filières de formation. Mais il peut aussi s’agir d’élaborer des plans d’action dans l’apprentissage ou dans la formation des demandeurs d’emploi, ou encore des politiques ciblées dans des secteurs clés (petite enfance, grand âge, sécurité civile, énergie, transports…) avec une contractualisation entre les branches professionnelles et les pouvoirs publics.