Boris Tavernier

Nom du projet :

VRAC

Description du projet :

« L’association VRAC favorise le développement de groupements d’achats dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville de l’agglomération lyonnaise. Le projet de l’association est orienté vers l’accès du plus grand nombre à des produits de qualité issus de l’agriculture paysanne/biologique/équitable à des prix bas, grâce à la réduction des coûts intermédiaires (circuits-courts) et superflus (limitation des emballages).

Ainsi, VRAC permet aux habitants de ces quartiers de s’inscrire dans un mode de consommation durable et responsable, qui repose sur le collectif et les dynamiques locales pour faire face à la précarité et proposer un autre rapport à la consommation, à la santé et à l’image de soi. »

Historique
La réflexion autour du projet VRAC a été menée sur la base d’un constat partagé entre militants associatifs et professionnels engagés, autour de la restriction du pouvoir d’achat et donc de la consommation des habitants des quartiers : ce que l’on achète, consomme ou utilise influe sur de multiples dimensions de la vie personnelle, familiale et sociale. Proposer une autre façon de consommer pour dynamiser les capacités à faire face à la précarité, revaloriser l’image de soi et favoriser le pouvoir d’agir individuel et collectif est l’idée qui a germé de ce constat.

L’association VRAC a fédéré de multiples acteurs autour de son projet : des militants et bénévoles issus pour certains de ces quartiers ou d’associations locales, portant le diagnostic de la consommation par défaut ou « faute de mieux » dans les quartiers défavorisés ; des porteurs d’expériences locales de distribution dans les quartiers populaires, d’épiceries coopératives ou encore d’épiceries sociales et solidaires. Se sont également investis dans le projet VRAC des représentants de bailleurs sociaux, soucieux d’agir aux côtés des habitants et des structures pour la promotion des quartiers d’habitat social et de leurs habitants. Enfin, des professionnels de la politique de la ville et des acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire ont également apporté leur concours au projet.

L’objectif global de VRAC est de développer des groupements d’achat dans chaque quartier populaire sur une logique d’essaimage d’un modèle basé sur la mobilisation des différentes parties prenantes du quartier (habitants, associations et structures de proximité, professionnels/techniciens, élus, etc.).

Contexte
Une étude a été engagée par l’association au préalable de son action débutée en 2014. Cette étude s’appuyait sur des recherches documentaires complétées par une enquête de terrain menée auprès d’un grand nombre d’acteurs de l’action sociale et a permis de confirmer un certain nombre de constats posés par les partenaires publics et associatifs à l’initiative du projet. En particulier, ont été confirmées quatre composantes du contexte étroitement corrélées :

  • Un creusement des inégalités socio-économiques entre les habitants des quartiers populaires et le reste de la population. Les indicateurs socio-économiques révèlent que les phénomènes de précarité sont plus accentués dans les Quartiers Prioritaires de la politique de la Ville comparativement à l’ensemble de l’agglomération lyonnaise : 23 dans l’unité urbaine de Lyon), la population active est à 71 dans l’unité urbaine de Lyon) et 19 dans l’unité urbaine de Lyon).
  • Une discrimination renforcée face à l’accès à la consommation. Les habitants des quartiers sont victimes de l’effet « double pénalité ». Si la principale difficulté dont pâtissent les ménages pauvres réside dans la taille limitée de leur budget, la double pénalité consiste dans le fait que ces mêmes ménages paient parfois plus cher que d’autres ménages plus favorisés les mêmes produits et services (mécanismes liés aux quantités achetées, profil de risque…).
  • Une alimentation génératrice de problèmes sanitaires et sociaux chez les publics précaires. L’alimentation demeure un marqueur social : le budget alimentation représentent 25 dans le reste de la population (INRA, 2006) ; de plus, la consommation s’appuie sur un paradoxe chez les populations défavorisées : on observe une augmentation des produits gras et sucrés, aliments plaisir, prêts à consommer, bon marché chez les publics les plus pauvres, mais aussi faiblement nutritionnels, en lien avec une absence d’envie de cuisiner corrélée à l’inactivité et au chômage. Outre ses effets sur la santé (obésité et ses complications, diabète …), ces habitudes de consommation alimentaires ont également un impact sur les relations sociales, le repas demeurant un espace de liens au sein du foyer.
  • Un isolement social marqué dans les quartiers populaires. Il se rencontre plus fréquemment dans les couches sociales défavorisées ou chez les natifs d’un pays étranger. Cela explique pourquoi, dans les zones sensibles qui regroupent généralement plus de personnes à faibles revenus ou d’origine étrangère, l’isolement relationnel est plus fréquent (INSEE, 2011). VRAC cible les quartiers de l’agglomération lyonnaise, parmi lesquels les QPV, qui rassemblent sur le territoire de l’agglomération lyonnaise 182 800 habitants.

Innovation de VRAC

L’innovation de VRAC provient :

  • De son public cible. L’action de VRAC consiste à essaimer le modèle des groupements d’achat sur des quartiers et publics fragilisés alors que ce type de dispositif se trouve habituellement cantonné à un public averti, militant et aux revenus plus conséquents.
  • De son modèle de distribution. A ce jour les dispositifs qui existent sont le plus souvent des modèles totalement ou partiellement caritatifs (distribution alimentaire des restos du coeur ou d’autres associations solidaires) réservés aux plus pauvres. VRAC, ouvert à tous, propose un modèle marchand dont la valeur des produits sera dégressive à mesure que le nombre de participants grandira.
  • De son modèle d’approvisionnement. VRAC est proactif dans sa recherche de produits. Celle-ci est déclenchée par une demande exprimée par les habitants eux-mêmes, et ne souhaite pas être dépendante de l’offre alimentaire disponible sur le marché, comme c’est le cas des associations caritatives ou solidaires.
  • De la qualité recherchée de ses produits. Ne s’approvisionnant ni auprès de la banque alimentaire, ni au travers des surplus des grandes surfaces, VRAC entend s’éloigner d’un système basé sur l’absence de choix, sur des produits bas de gamme et dont les dates de péremption sont proches. VRAC ouvre l’accès à des produits alimentaires d’origine biologique, cultivés ou fabriqués dans un rayon géographique proche.
  • De ses impacts produits sur la valorisation des habitants. Les bénéficiaires des formes caritatives des aides alimentaires éprouvent un sentiment de honte devant l’absence de participation financière et l’impossibilité de choisir parmi les produits. Cette situation concourt à une perte de la dignité des usagers. Pour certains d’entre eux, lorsque les processus d’intégration par le travail sont en panne et excluent, lorsque les principales sphères de socialisation comme le syndicalisme ouvrier, la participation politique, font défaut, alors la consommation est surinvestie d’un rôle identitaire. Dans ces modèles caritatifs, les usagers n’accèdent pas à cette insertion symbolique, ils n’accèdent pas à la normalité de la consommation.
  • De son mode de fonctionnement ancré sur l’implication des consommateurs. Même si les différentes formes caritatives ou solidaires d’aide alimentaire cherchent à amplifier la participation des bénéficiaires, « une grande partie des personnes ont été orientées par les services sociaux traditionnels et sont donc enclines à penser l’épicerie comme une prolongation des services sociaux au sein desquels il ne leur est pas demandé de participer aux décisions collectives. ». VRAC met en place un groupement d’achats où de la participation du plus grand nombre à la réalisation des différentes tâches inhérentes à la réception des marchandises, à leur reconditionnement, à leur distribution dépend le prix de vente le plus bas, à l’instar des magasins coopératifs évalués à l’étranger (en particulier expériences new-yorkaises ou londoniennes).

Objectifs du projet :

  • Distribuer dans les quartiers populaires des produits de consommation courante de qualité et des services à des prix attractifs, en améliorant ainsi le pouvoir d’achats des habitants.
  • Encourager une consommation durable et responsable, en permettant aux habitants des quartiers de s’inscrire dans de nouvelles pratiques de consommation et d’approvisionnement/d’alimentation.
  • Favoriser la cohésion sociale en suscitant et/ou renforçant des espaces de socialisation et d’entraide dans les quartiers où VRAC est présent par le biais de groupements d’achats.
  • Élaborer un mode de fonctionnement économique coopératif s’appuyant sur les principes de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).

Liens du projet :